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22/09/2014

Cédric Grolet, le Mix idéal entre talent et simplicité au service de la haute pâtisserie

Au démarrage de l'interview, Cedric Grolet, jeune Chef Pâtissier du Meurice Paris, est inquiet.

Cédric Grolet, le Mix idéal entre talent et simplicité au service de la haute pâtisserie sur skeuds.comIl regarde le micro, se demandant si il devra contenir ses mots et sa pensée ... ce qui serait dommage.

Rassuré en apprenant que l'on faisait une retranscription écrite de presque tout ce qui est dit, Cedric Grolet s'est détendu et détendu, c'est un jeune homme extraordinaire, rieur, taquin, à l'aise dans ses baskets et son costume de Chef d'un Palace historique parisien.

Une bonne pâte comme on dit mais une bonne pâte pâtissière pour laquelle passion rime avec raison.

Où la simplicité est au service de la perfection dont Cédric Grolet n'hésite pas à parler avec sobriété et brio.


C'est donc un réel moment de bonheur que nous avons partagé avec lui au Bar du Meurice qui en a vu tant d'autres ..

Mais celui-là, restera inoubliable !!!

 

Right & Hype - Bonjour Cédric Grolet, on rentre immédiatement dans le vif du sujet, qu'est-ce qu'un pâtissier ?

Cédric Grolet - Très très gourmand et curieux. Pour moi, un bon pâtissier, il se doit d"être gourmand et très très curieux parce que c'est toujours intéressant de goûter même ce que l'aime pas parce que cela peut être fait différemment et curieux, pourquoi (interrogatif), parce que tout peut être refait en pâtisserie mais avec une image différente.

Une fleur, une poire, un éclair, des pépites dans un vase et bien, l'on peut s'en servir pour refaire une pâtisserie donc il faut être très très curieux.

Il faut être ouvert à n'importe quel sujet de conversation.

R&H - Voilà, ça c'est une bonne définition, simple et sobre alors, maintenant, qu'est-ce qu'un bon pâtissier voire un très bon pâtissier ?

CG - Un très bon pâtissier ? Aller à la base de la pâtisserie, avoir compris la pâtisserie et surtout, ce qui est très très important, c'est de suivre les saisons.

Faire une tarte à la framboise en plein hiver et faire une tarte à la framboise en plein été, c'est ce qui fait le différence entre un pâtissier et un bon pâtissier.

Savoir utiliser ses fruits au bon moment, savoir les goûter avant de les utiliser, de les transformer .. y mettre du sucre ... ou pas, en fonction de la maturité du fruit, c'est ce qui fait la différence.

C'est d'assaisonner ses pâtisseries qui fait la différence entre un pâtissier et un (très) bon pâtissier. Et non les faire pour les faire.

Cela veut dire les comprendre, les goûter et en faire quelque chose. C'est ce qui fait la différence je trouve.

R&H - On était avec Jean-François Piège cette semaine et lui n'aime pas parler de saisonnalité mais de climat ...

CG - Tout à fait, il a raison, regarde, moi je n'ai pas trouver de belles fraises au mois d'août ...

R&H - Il faut que tu ailles piquer celles de Claire Damon, elle en a trouvé de belles, pas loin d'ici ...

CG - Moi, j'ai eu trop de mal pour en trouver donc pas de dessert à la fraise en août au Meurice ...

R&H - On a vu les bûches de tout le monde, celle du Prince de Galles de ton ami Yann Couvreur, entre autres, et toi, que nous réserves tu de bon pour les fêtes de fin d'année ?

CG - On est parti un peu sur l'image du Meurice et son restaurant Le Dali et, en fait, on a reproduit la montre molle chère à Salvatore Dali.

Alors, tu me diras, pourquoi la montre (interrogatif), parce que j'ai fait une bûche en forme d'un morceau de bois (ce qu'elle est par définition) cassé, brûlé ... encore chaud et la montre qui est dessus est en train de fondre.

Cela représente un bois cassé, déstructuré, cassé au pied, vraiment très brut et, par contre, on a une énorme montre en or et on donc un énorme contraste entre l'or et le cacao, la terre et, surtout, sur la dégustation qui est très très intéressante parce que l'on va avoir une bûche avec un goût fumé.

C'est à dire que tu prends la bûche, imagines que tu es prêt du feu, tu sens la bûche, l'odeur du bois qui est en train de fumer.

Donc, on a pris notre chocolat, on l'a fait fumer et on l'a marier avec du sarrasin pour lui donner un côté terre.

On fait fait un cacao très très fort en pourcentage de cacao et on a snacké des poires à l'intérieur - à la plancha pour les caraméliser, et avec cela, un biscuit chocolat/cacao/sarrasin donc on va avoir quelque chose de très violent à la dégustation j'ai envie de dire.

On s'est amusés a recréer le moment de fin de repas de Noël pendant lequel on se retrouve en famille devant la cheminée pour manger la bûche de Noël.

Alors, moi j'ai voulu aller dans la cheminée pour ressortir ce goût de l'odeur de la fumée.

R&H - Un peu comme Yann avec ce thème de la cheminée (rires)

CG - (rires) Et, promis, en plus je ne savais pas tout ce qu'il allait faire mais quand il m'a dit (hilare) ce qu'il avait fait prévu pour Noël (une bûche plaid) - pour moi - il ne savait pas - je me suis dit - mince - (mort de rire) ... lui, il a la couverture et moi, j'ai le bois qui fume.

Voilà donc pour la bûche pour laquelle j'ai désiré conserver le côté Luxe du Meurice et le côté simple de mes desserts, et comme j'aime énormément la nature (on le verra plus loin dans l'interview) donc, du coup, ce morceau de bois me reflète vraiment, c'est vraiment quelque chose de déstructuré et de nature, comme si tu trouvais un morceau de bois dans la forêt et que tu le mettes dans la cheminée et quand il commence à brûler cela devient très noir, très marron, très fumé ... c'est ce goût là que l'on retrouve dans ma bûche.

R&H - Alors, osons parler de la galette !!

CG - Alors là, pour la galette, j'ai fait quelque chose de très important pour moi, je suis parti aux sources de la galette.

Alors, la galette qu'est-ce que c'est, c'est du feuilletage, j'ai donc respecté ce feuilletage à six tours, une crème d'amandes et en fait, je me suis dit ... c'est vraiment perso, j'ai voulu partir dans plusieurs directions mais je me suis calmé et en ait parlé avec Alain Ducasse et Christophe Saintagne et finalement je me suis dit, gardons la vraie galette, gardons le feuilletage, une très très bonne crème d'amandes légèrement torréfiée et, pourquoi pas, assaisonnons la ...

Avoir une très beau feuilletage glacé, rayé à la perfection, ronde ... pas carré, triangle ou quoi que ce soit ... un glaçage magnifique et surtout un tout petit assaisonnement qui permettra d'avoir cette amande en bouche beaucoup plus fort que si elle s'exprimait toute seule ... donc, du coup, on y a mis un peu de cardamone noire puis on l'a cuite sur un sucre cassonade à la cardamone noire, cela veut dire que l'on va avoir un feuilletage extrêmement croustillant sur l'extérieur, en dessous et au dessus, on va avoir un truc  caramélisé à la base mais très très caramélisé le feuilletage (à la cardamone noire) et au dessus, glacé avec le sirop du feuilletage.

J'ai voulu respecter la galette mais lui apporter une petite touche personnelle avec cet assaisonnement ...

C'est très simple mais par contre, je pense approcher (modestement) de la perfection de la galette avec le feuilletage et la crème d'amande, pas étouffante, légère ... j'ai vraiment essayé de faire la galette la plus simple ...

R&H - Si c'est la meilleure, c'est tout ce que l'on lui demande ...

CG - Voilà, c'est ça, c'est ce que j'essaie de faire ... une couronne, une petite fève mais j'ai essayé de contrôler au maximum le feuilletage pour qu'il atteigne la perfection.

Je me répète peut-être mais notre objectif était d'avoir un feuilletage irréprochable ... mais là, je suis vraiment fier de cette galette ...

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R&H - Elle sera quand dans les bacs cette galette ?

CG - On respecte les dates, on respecte sa recette originelle, donc pour l'épiphanie, pas un mois avant !!! Donc, début janvier ...

R&H - On quitte Noël et les galettes et passons à l'accord boisson/pâtisseries, quel est celui qui te semble le plus parfait ?

CG - Là dessus, je ne sais pas si je vais être référent, je suis pâtissier et j'ai un palais très sucré, j'adore le sucre et de ce fait, je fais tout pour que mes pâtisseries ne soient pas trop sucrées.

Car si c'est trop sucré, certains clients ne finissent pas les pâtisseries ... donc, en fait, j'essaie de sucrer mes gâteaux avec mes produits, c'est à dire les fruits.

Pour la boisson, et ce n'est pas ce que je conseille mais ce que j'aime, un bon vin blanc très très sucré (on y revient) en vendange tardive, un pinot gris d'Alsace et l'après midi, pour un Tea Time, je ne prendrai même pas un thé, mais bien un petit vin blanc.

Ce mariage d'une pâtisserie et d'un vin blanc, je suis vraiment vraiment fan mais ça, c'est vraiment personnel, tu sais, souvent ... non, c'est vraiment ce que j'aime ..

R&H - On ne va pas t'en vouloir pour cela !!!

CG - Non mais, souvent, on me regarde avec des grands yeux quand je dis cela mais je dis ce que je pense ...

R&H - Tu ne nous as pas dit l'eau ...

CG - L'eau ... humm, pour les dégustations pour les essais. A chaque fois que l'on fait une dégustation avec mes sous Chefs, on a notre bouteille d'eau.

Quand on a fait un St Honoré ou une pâtisserie à la figue - comme actuellement ce qu'il y a à la carte, on va les faire cinq six fois différentes pour voir si l'on fait la figue comme ceci ou comme cela et avec notre bouteille d'eau, on se rince bien la bouche et on recommence autre chose.

Là, on ne va pas faire cela avec du vin (gros rires), là, ce n'est pas possible .. (encore plus gros)

R&H - Comme je te l'ai dit auparavant (en off), tu es le pâtissier qui a été le plus cité par tes collègues quand on leur demande qui incarne l'avenir .. qui sont les pâtissiers de demain qui sont déjà là aujourd'hui ... c'est ton nom qui est le plus cité (de loin). Et pour toi, je te retourne la question, qui ?

CG - Bah, en fait cela dépend de quoi l'on parle mais il n'y en a pas un que je suis particulièrement. Ni aucun devant lequel je suis en extase .. mais, par contre, il y en a plein dont j'adore les choses. J'en ai plusieurs.

Tiens, on va commencer par Yann ...

R&H - Yann qui ?

CG - Yann Couvreur, un petit Chef Pâtissier du Prince de Galles ...

R&H - Petit alors, même pas Chef dans un Formule 1 (rires) ...

CG - (rires) ... j'aime beaucoup son style parce que, j'ai presque envie de dire que c'est le contraire de moi, sur ses desserts assiette, je ne dirai pas que je suis extrêmement jaloux mais presque, parce que en fait, mes pâtisseries son carrées, elles sont précises, tandis que lui, ça part ...

R&H - Dans tous les sens, suffit de voir son millefeuille ...

CG - Oui, c'est ça, c'est déstructuré mais qui garde ce côté luxe, organisé, coloré et qui suit les saisons. Il arrive à marier ce côté pâtissier et ce côté cuisinier et c'est extrêmement bien fait parce que c'est souvent fait mais pas forcément comme j'aime, et j'aime ce qu'il fait, son dressage de desserts assiette, j'adore !!!

C'est sa force !!!

R&H - On lui répètera tu t'en doutes mais vous vous serez vus avant si j'ai bien compris (pour un quatre mains à Mougins)

CG - Ensuite, ensuite ... j'aime beaucoup Claire Damon, pour le personnage et pour la qualité de sa pâtisserie.

Moi, j'aime autant sa pâtisserie que sa viennoiserie ou son pain, c'est tellement ... il y a un caractère dans son pain, dans ses viennoiseries ... 

Sa pâtisserie aussi, cela reste d'une simplicité, une tarte, un entremet, une religieuse ... c'est d'une efficacité redoutable et c'est ce que j'aime, cela a une cohérence ... c'est ce que j'essaie de faire mais, elle, le fait avec une telle simplicité, elle ne cherche pas le bling-bling mais l'efficacité. Sa viennoiserie, son pain .. reflète vraiment sa personnalité ... j'aime énormément.

Des Gâteaux et du Pain, c'est vraiment extraordinaire.

R&H - Je confirme ... et dans les pas connus ...

CG - Dans les pas connus, j'en ai un, même dans les pas connus du tout mais là, c'est une autre histoire.

C'est un ami en fait. Quand je suis arrivé à Paris, j'étais un petit jeune un peu perdu - je suis à Paris depuis neuf ans, et j'ai rencontré un pâtissier, comme moi, tout perdu, de la province, et l'on ne s'est jamais perdus de vue, on se parle tout le temps, on se voit souvent, c'est un pâtissier qui a repris la boutique de ses parents, sa boutique a cent ans et ce que j'aime en lui est qu'il est loin de Paris, de ces/ses grandes maisons comme on dit, il est en province, dans une toute petite ville, il a refait le magasin, il a su redonner une identité à sa pâtisserie, ce qui est en soi difficile car les budgets ne sont pas les mêmes (que dans les grandes maisons). Lui a tous les problèmes de factures comme il est à son compte mais, pourtant, il se remet en cause tout le temps, il est curieux de ce qui se passe ailleurs, il cherche l'inspiration là où elle est. Il l'avoue avec humilité mais, néanmoins il a son avis sur ce qui l'entoure et il n'hésitera pas à me dire - Ah non Cédric, moi je verrai cela comme cela ... -, il n'est pas dans la flatterie permanente, il est authentique et sincère ...

R&H - D'accord Cédric, mais c'est qui, c'est quoi son nom ?

CG - Ah oui ... et en plus on a une histoire dingue ensemble, on s'est rencontrés à un concours, deux ans après, on s'est vus chez Fauchon par hasard ... c'est Franck Jouvenal qui est à la Côte St André à côté de Lyon, c'est une toute petite ville.

Il a désormais une très belle boutique qu'il a refaite complètement, comme le laboratoire et ce que j'aime, c'est qu'il met toujours en avant son équipe, il fait attention à ses gars.

J'aime son management, j'aime sa façon de penser pâtisserie.

Il est loin d'ici, il n'a pas la chance de voir autant de monde que moi mais il s'intéresse à tout et ça, j'aime énormément.

Parce que moi, d'être Chef Pâtissier ici, cela m'offre des facilités, j'ai un accès à beaucoup de choses mais lui, bien que excentré (c'est le moins que l'on puisse dire), il continue d'être dans la course et en plus, j'aime ce qu'il fait.

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R&H - Et puis, vous faites le même métier ...

CG - Exactement, exactement, différemment, mais c'est cela qui est intéressant, moi j'ai des contraintes, lui en a d'autres.

Et si je devais citer quelqu'un d'autre, je citerai quelqu'un que j'aime énormément et que je suis fier de connaître, on s'est connus à l'école, c'est Jérôme de Oliveira à Cannes, c'est un super copain.

J'aime sa personnalité, c'est quelqu'un encore plus simple que moi ...

R&H - C'est possible ça ,

CG - (rires) Bah oui, lui, il est champion de monde, il a deux boutiques, il connaît tout le monde, et ce n'est pas parce il est là où il en est qu'il ne me parlait pas quand je n'étais pas (encore) Chef Pâtissier.

Et cet échange que l'on avait quand on avaient 17/19 ans, on l'a toujours. Il pense toujours à moi malgré sa célébrité, on s'envoie toujours des pâtisseries et tu vois, j'ai pris récemment un commis qui vient de sa brigade et ces échanges, c'est notre force aujourd'hui. C'est ultra important.

Malgré les kilomètres, on est toujours en contact. L'échange entre pâtissiers, je trouve cela trop enrichissant, j'adore écouter les autres ...

Tu vois, le Club des Sucrés (fondé par deux Christophe - Christophe Adam et Christophe Michalak), je trouve cela extraordinaire, j'adore.

A chaque fois que je suis invité au Club des Sucrés, je vais me défoncer au maximum pour montrer ce que je fais parce que j'ai envie de donner ce que j'aime, j'ai envie de faire plaisir et cela, c'est important.

R&H - Parlons un peu du Meurice, si tu étais simple client de ce superbe hôtel, quelle serait la première chose que tu ferais après le check-in ? Une visite au Bar, au(x) restaurant(s), au Spa, ... ?

CG - Comme je te l'ai dit, je suis très curieux, et je pense que je regarderai ma chambre de A à Z, sa vue ...

R&H - La vue au Meurice, sur la grande roue de Marcel Campion ... ?

CG - (rires) non, la vue sur les Tuileries et ensuite, je poserai toutes mes affaires et j'irai visiter tous les beaux endroits de l'hôtel, ses trésors cachés, découvrir son histoire, donc faire un visite en solitaire de l'hôtel. Je suis vraiment très curieux.

Comme quand je vais au Plaza, j'adore découvrir ce lieu ...

R&H - Et si l'on parlait musique ?

CG - Ça me plait.

R&H - La musique t'a t-elle déjà inspiré dans ta pâtisserie ?

CG (précautionneux) - Je peux être honnête ?

R&H - On est là pour cela Cédric, tu peux me dire franchement non ou m'envoyer balader avec mes questions douteuses ...

CG - Alors, franchement, mes pâtisseries me reflètent parce que je suis curieux, pas de tout mais de beaucoup de choses, la musique, j'aime énormément, énormément mais je ne peux pas te dire que j'écoute de la musique puis j'en fait une pâtisserie.

Cela me n'est jamais arrivé.

Par contre, ce que je peux dire, au risque de passer pour un quelqu'un d'insensé ...

R&H - Ne t'inquiète pas, des fous, on en rencontre tous les jours et on aime bien ...

CG - Par contre, donc, goûter une pâtisserie avec un petit fond musical, ça me plait !!!

Cela permet, si la musique me plait, à mon palais d'être plus sensible à certaines choses.

Je pense que d'être dans un laboratoire avec dix mecs qui gueulent de partout ... si je me met à une table avec un petit fond de piano, cela change ma perception des choses parce que je serai plus au calme, plus apaisé.

Par contre de créer une pâtisserie à partir d'une musique, je ne l'ai jamais fait encore.

R&H - Message reçu mais sinon, tes goûts musicaux ?

CG - Ah, mes goûts musicaux ...

R&H - Attention, qu'est-e que cela va être ... (rires)

CG - (rires ...) ah, bon, j'aimerai bien avoir mon portable avec moi ... parce que j'ai un gros problème avec la musique, d'ailleurs je ne sais pas si c'est un problème ... parfois, quand on est dans le laboratoire, le soir, avec mon équipe, on est un petit comité, pas en pleine production, je branche mon smartphone et voilà ...

R&H - Et ça danse ... (rires) on a vu les vidéos sur YouTube

CG - (rires) ... c'est vrai, y en a déjà ?

Non, finalement, je crois que cela ne m'est jamais arrivé de dire - ça, je n'aime pas !! -

Autant, je peux écouter du Classique, au décollage d'un avion par exemple et autant, en arrivant au travail, dans le métro, je vais mettre un gros truc de Rap pour être en super forme ...

R&H - Tu dis cela pour me faire plaisir ...

CG - Non (rires), tu verrais mes dossiers de musique dans mon smartphone, je les renouvèle vraiment souvent, la musique, en fait, elle me donne, partout, une joie de vivre.

En fonction de ce que vais écouter le matin, cela va me donner le petit plus pour la journée. Même dans le bureau le soir, quand je tape les recettes, je suis tout seul, je suis en train de déprimer, j'appuie sur la touche Play et ...

Mais je ne peux pas dire que j'ai une musique préférée, j'aime tout. Mais plus j'avance dans le temps, c'est comme le vin ...

R&H - Tes oreilles s'éduquent !!!

CG - Voilà. J'apprends. Si tu m'avais posé la question il y a cinq ans, j'aurai été plus catégorique. Et avant, tu vois, je n'aimais pas le vin rouge et petit à petit, j'ai appris à faire connaissance avec, alors plus j'écoute de la musique, plus je m'ouvre à elle.

Mais en fait, à chaque moment, correspond - pour moi, une musique. Tu vois, quand je fais du sport, je cours beaucoup, je ne peux pas courir sans musique, ce n'est pas possible, j'ai besoin d'un truc qui me booste. Si je pouvais mettre des écouteurs quand je nage, je ne m'arrêterai de nager ... (rires)

R&H - (rires)

CG - J'ai besoin de musique, c'est très très important. Ce n'est pas ma source d'inspiration pour la pâtisserie mais c'est ma source d'énergie.

Cédric Grolet, le Mix idéal entre talent et simplicité au service de la haute pâtisserie sur skeuds.com

R&H - Bah, tu vois, on y revient. Retournons néanmoins à la pâtisserie. T'es tu déjà dit en regardant un dessert d'un collègue, tiens, celui là, j'aurai bien aimé y avoir pensé le premier ?

CG - Ah oui, pas mal comme question ... Oui, il y en a une non, en fait deux ... non, une que j'aime énormément, énormément.

C'est la tarte vanille de Pierre Hermé, on m'en parlait, on m'en parlait ... les textures, sans parler du goût, les textures, la simplicité, le cadrage de la pâtisserie ...

Tu vois, quand je rentre dans une pâtisserie, je ne vais pas prendre le truc le plus dingue mais le plus simple - on parlait d'un millefeuille tout à l'heure (en off), et je vais prendre une petite tarte, un millefeuille, c'est là que l'on voit un bon pâtissier, c'est à travers des créations simples - un feuilletage bien cuit, un chou bien cuit, un éclair bien glacé ... et tu vois, quand j'ai goûté sa tarte vanille, le glaçage était extrêmement fin, la vanille était là et correctement bien assaisonné, le fond de pâte sucré était - à la cuisson - comme je l'aime, une texture de mousse avec une crème à l'intérieur qui nous donne deux contrastes différents avec la pâte sucrée, troisième contraste avec le crémeux, le frais, pour moi, ce n'est rien que du bonheur.

Je sais commet cela se passe en cuisine, en laboratoire, en back office si tu préfères, et je connais donc les contraintes qu'il y a derrière.

Ce n'est pas une tarte vanille pour faire une tarte vanille, c'est une tarte vanille qui rentre dans une chaîne de production et c'est là que je me dis - en espérant un jour arriver à ce niveau là - il y a vraiment du travail - pas seulement pour faire la recette mais surtout pour la réaliser à grande échelle.

En tant que professionnel, je vois aussi ce qui se passe derrière donc sa tarte vanille, tu vois, j'en parle encore (avec un trémolo dans la voix) et quand je l'ai découverte, j'ai ressenti quelque chose et c'est rare.

Tu vois, c'est vrai que quand je mange une pâtisserie, je me pose beaucoup de questions, pourquoi - pour une tarte citron par exemple - cette variété de citron et pas une autre, il faut comprendre pourquoi on a fait cela et pas autre chose et lorsque j'ai goûté sa tarte vanille, j'ai compris pourquoi il a utilisé cette vanille, il y a toute une philosophie pour faire cette tarte vanille ...

R&H - C'est sur que tu n'as pas le même regard que nous, nous, on mange ... toi tu dissèques un peu ... finalement, on a la meilleure place ...

CG - Mais attention, ce ne sont pas des analyses pour critiquer mais pour comprendre, c'est cela qui est intéressant et pour m'améliorer en fait.

R&H - Et pour finir, as tu une ou plusieurs bonnes adresses, pas obligatoirement un trente étoiles, un gastro, un grand pâtissier ou un grand caviste .... ?

CG - Bah, là, encore, cela va âtre très personnel (donc sincère). Quand je suis au Meruice, je donne tout à cet hôtel, à mes équipes mais quand Cédirc Grolet quitte le Meurice, il déconnecte, il part en vacances, il prend l'avion et li va dans des endroit pas connus.

En janvier dernier, je suis parti avec trois amis d'enfance, nous sommes partis ensemble sur une toute petite île sans luxe et quand je dis sans luxe c'était, pas d'eau courante, pas de téléphone, pas d'électricité, pratiquement pas de toilettes, pas de restauration ...

R&H - Pas même un petit trois étoiles Michelin ?

CG - Même pas (rires) Pas de lits ni de matelas ...

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R&H - C'étaitt où ?

CG - En Guinée Bissau, sur une tout petite île d'un rayon (Iles Kere), allez, de trois cent mètres, c'était tout petit, on a réservé l'île pour nous.

Pour manger, c'était cannes à pêche pour tout le monde mais pour faire cuire le poisson, c'était épique et ça, je te promets, cela te donne la vraie valeur des choses.

R&H - Tu pars au Canada, Yann (Couvreur) nous fait une bûche plaid canadienne, qu'est ce qu'il va nous faire la prochaine fois avec cette histoire ?

CG - C'est vrai, c'est moi qui l'ai inspiré sur ce coup là ... mais pour ce voyage, ça, c'est vraiment moi. La simplicité.

Que je suis arrivé là bas, personne ne me connaissais, j'étais en short, décontracté, loin de tout, ça c'est moi et manger un poisson péché par nous, grillé à l'Ancienne ...

Cette simplicité, c'est tout moi. Au Meurice, c'est rigueur, rigueur et rigueur alors que là, on se lâche et ça, c'est moi.

Pas de convenances, pas de regards extérieurs, pas de jugements, la pure simplicité et tout oublier.

J'ai besoin de cela pour me ressourcer, en plus, je suis un mordu de pêche ...

R&H - Finalement, si je te comprends bien, tu t'es trompé de vocation ... là, tu nous vends des pâtisseries mais en fait, ton rêve c'était d'être pêcheur ou poissonnier ...

CG - (rires) Cette identité de simplicité me colle à la peau et j'en ai besoin pour faire mon métier avec passion.

R&H - Poissonnier ?

CG - Non pâtissier et tu vois, quand je suis revenu au Meurice après ce voyage, j'étais trop bien, serein et prêt à, encore, donner le meilleur de moi-même pour ce très bel endroit et les équipes avec lesquelles je travaille.

R&H - En voyant les pâtisseries qui sont devant nous, cela t'a visiblement réussi ...

CG - Tu as voulu mes adresses, la voici !!!

R&H - C'est promis, je ne te poserai plus jamais cette question ... la prochaine fois, tu vas nous envoyer dans la Lune ...

CG - Sérieusement, c'est un pur bonheur là bas, un très bel endroit naturel pour se ressourcer ...

R&H - Quand on te voit, pas de doute, on va y aller !!! A bientôt Cédric ... et merci pour ce super moment.

CG - A très vite ... il y a bientôt la galette ...

 

(conversation enregistrée le 18 septembre 2004 au Bar du Meurice Paris par Mark Skeuds)

http://bit.ly/1uY6wpS

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