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30/11/2014

Akrame se lâche sur Gagnaire, Bocuse, Passard ... Simple et R&B !!!

Derrière le mot, le nom Akrame, se cachent plein de choses. Il suffit de prononcer ce mot devant des épicuriens parisiens pour voir des étoiles dans leurs yeux.

Akrame se lâche sur Gagnaire, Bocuse, Passard ... Simple et R&B !!! sur skeuds.comDes étoiles, il y en a plein dans la galaxie Akrame. Pour ses restaurants, bien sur. A trente trois ans, il les collectionne, mais pas seulement.

Il les fréquente également, les admire, les respecte.

Sans fausse pudeur aucune, il parle avec son cœur de Bocuse, de Gagnaire, ses pères mais aussi de Chez La Famille, un petit resto familial à Barbès.

Ne comparant pas ce qui ne peut l'être, c'est un ambitieux mais toujours modeste Akrame qui, n'oubliant jamais d'où il vient, nous a dit où il voulait aller.


Rue Lauriston ... à la conquête du monde.

Il nous a également dit qui il était, sans fioritures ni étoiles.

Les étoiles, ce sont les autres qui en parlent et qui lui en donnent.

Tout simplement parce que Akrame est irrésistible ... et ce n'est pas fini, ça commence seulement.

 

Mark Skeuds - On est donc avec Akrame, bonjour, nous avons appris la bonne nouvelle, tu as de nouveau la tête dans les étoiles, cette fois-ci, c'est à Honk Kong, peux-tu nous en parler ?

Akrame - Bonjour Marc, comme je dis toujours, une étoile, c'est toujours un évènement. Quand on obtient une étoile, c'est vraiment incroyable.

On a l'impression d'être sur un nuage, proche des étoiles. Cela veut dire que notre travail est récompensé, du coup, ça ne peut que faire plaisir. Pour moi, bien sur, mais surtout pour mon équipe.

Tu vois, dans une ville comme Hong Kong qui compte sept millions d'habitants sur une petite surface mais avec énormément de restaurants, ce n'est pas ce qui manque, une ville qui vit tout le temps, qui ne dort jamais, une ville où l'exigence est "top level".

Du coup, tu imagines bien que j'étais super content ... qui aurait cru, il y a un an que je serai à Hong Kong, même moi si on me l'avait dit .. mais comme je suis quelqu'un qui prend ce que la vie lui donne ...

Je sais ce que je veux mais en même  temps, parfois il y a des choses que se font comme cela et c'est tout juste incroyable !!!

Ça mérite juste d'être vécu, que du bonheur ...

Mark Skeuds - Justement, te rappelles tu de ta première étoile et comment as tu appris que tu l'avais obtenue ?

Akrame - Ma première étoile, je vais te dire, je descendais à Marseille, j'étais dans le train et je reçois un appel de Gilles Goujon, un très bon copain à Fontjoncouse, un trois étoiles Michelin, il m'appelle, il était en vacances, il me dit - Akrame, félicitations, tu as une étoile - il était heureux comme tout pour moi, je lui dis - tu es sur et tout ?, lui, il était à l'autre bout de la terre et il était au courant avant moi, il me dit - oui, c'est sorti - et ensuite, j'ai passé les trois (dernières) heures (du voyage) à répondre au téléphone qui n'arrêtait pas de sonner, tous les chefs, les copains, des textos, les journalistes pour avoir une interview, et c'était formidable et à chaque fois qu'il y avait un peu de répit je me disais - ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible - je n'y croyais pas, j'hallucinais carrément, j'hallucinais.

Et d'ailleurs, tout à l'heure, je te montrerai, j'ai toujours travaillé en baskets, j'ai encadré les baskets que je portais à l'ouverture de mon premier restaurant il y a trois ans et demi, tu verras.

Et pour la seconde étoile, c'est pareil, ce sont des New Balance, elles sont aussi encadrées.

Je ne les pas encadrées pour faire genre, tu vois, mais pour dire, le travail quoi ... du coup donc, cela s'est fait comme cela et puis, ça a continué.

Mark Skeuds - Justement, qu'est ce qui fait la différence entre un cuisinier lambda et un très bon cuisinier que l'on distingue. C'est quoi le "gap" entre les deux ?

Akrame - Tu sais, il n'y a pas de bons, il n'y a pas de très bons, il n'y a pas de bons, je te dirais que derrière chaque cuisinier, il y a un cœur qui bât en revanche ... moi, par exemple, j'aime faire plaisir aux gens, donner du plaisir aux gens, et la cuisine, c'est ça aussi, c'est à dire que la cuisine c'est savoir donner, partager et rien n'attendre en retour, donner, voilà, c'est un geste d'amour la cuisine, c'est un acte d'amour, parce que l'on partage quelque chose, on fait du bien aux gens aussi, et comme en plus on mange bon, on se fait du bien ...

Mark Skeuds - Oui OK mais pour toi, ... tu sais mieux que moi que le Michelin est controversé, qu'est-ce qui fait la diff' pour le Michelin entre un cuisiner qui mérite une étoile et celui qui ne la mérite pas ? Le décorum, la carte ...

Akrame - Non pas du tout, tu vois, il y a huit ans, j'ai trente trois ans, à vingt cinq ans donc, j'avais ma première place de Chef de cuisine au Château des Sept Tours et je courais après l'étoile.

Je n'en n'avais pas encore eu, cela ne signifiait pas que j'étais mauvais mais je pense que Michelin sait reconnaître le travail de quelqu'un dans ce que j'appelle ... quand il arrive à maturité.

Par exemple, à l'époque, je n'avais pas de maturité dans le métier. A l'époque, ils le savaient très bien (chez Michelin), ils ont du recul contrairement à nous ... nous on ne le voit pas ... moi à l'époque, j'étais jeune, je sortais de Ferran Adrià, j'avais les poumons gonflés, je voulais tout révolutionner et finalement je n'étais pas prêt.

Ils m'auraient donné l'étoile à ce moment, c'était trop tôt, c'était trop tôt. Et puis du coup, finalement ... euh, ma première étoile je l'ai eue à vingt neuf ans ou trente ans, là, j'étais mature.

Du coup, en fait, je ne m'y attendais presque pas et puis elle est tombée du ciel et là, je me suis dit, là c'est bon, je suis mature.

Mais au delà des étoiles, il faut garder les pieds sur terre; tu sais, une étoile, ça récompense les efforts, le travail de quelqu'un mais cela n'enlève rien mais absolument rien à la rigueur que l'on se donne pour le plaisir de tes clients, c'est à dire que tu es voué, toute ta vie, à donner du plaisir aux clients, être un aubergiste, un aubergiste et un marchand de plaisir et ça, cette phrase, je la dit et c'est sincère ... c'est comme ce matin, j'étais avec mon fils, à sept heures du matin, nous sommes partis au marché, Joël Thiebault, ça fait je ne sais combien d'années qu'il est là, il le fait toujours avec le même amour et ça se sent dans ses légumes, c'est à dire que ... alors, il y en a plein, je travaille également avec Gérard Legruel qui se trouve au Mont Saint-Michel, qui arrose ses légumes avec l'eau de mer, bon voilà, ce sont des gens comme cela qui nous nourrissent finalement et l'on se dit que nous, ce que l'on fait dans notre métier de cuisinier ... moi je dis toujours, quand je vois tout ce beau paysage, de produits, de producteurs et nous, on est là au milieu, pour créer une jolie histoire dans une assiette.

Après, on l'emmène, tu peux l'emmener dans un bistrot cette jolie histoire, ça peut être très bon dans un bistrot, ça peut être très très bon dans un étoilé, une étoile, deux étoiles, trois étoiles ... et après, ce qui change, c'est bien évidemment la précision, tu sais, c'est comme je dis toujours - tu as la Formule 1, tu as le rallye, tu as le kart, là dedans, tu as plein de champions mais dans leur catégorie, il y a plus de précision dans le F1, plus technique avec les vitesses dans le karting ... on est obligés, pour arriver en haut, de commencer par le kart. Grâce à ça, tu vas apprendre pour aller plus haut.

Je te parles de cela car je suis un grand passionné d'automobile.

Mark Skeuds - Tu as du être content ce week end (avec la victoire de Hamilton) ?

Akrame - Très content parce que Lewis Hamilton c'est quelqu'un que j'aime beaucoup, j'adore ce mec et tu sais pourquoi ?

Non pas qu'il soit juste un brillant pilote mais surtout parce que c'est quelqu'un qui a su garder les pieds sur terre, et à chaque fois que je le vois, c'est un mec qui a tout réussi, il a une belle vie de famille, une immense carrière, il est parti de rien et s'est fait tout seul ... j'aime vraiment ce mec. Il donne envie.

Mark Skeuds - C'est quoi ton plat préféré ... celui que tu préfères cuisiner ?

Akrame - Ahhhhhhh .... je n'ai pas de plat classique mais en revanche je te dirais qu'il y a un plat que j'aime beaucoup faire, c'est un plat que ma mère me faisait quand j'étais petit et qu'elle me fait encore aujourd'hui, c'est le vermicelle au lait que j'ai repris à ma façon ... ok, je le sers avec de la truffe blanche ...

Mark Skeuds - C'est sur, ce n'est pas pareil (rires) !!!

Mark Skeuds (rires) - Non, c'est un peu moins bien (rires) ... non c'est un plat que j'aime beaucoup et j'ai justement voulu faire que tous les clients retrouvent la même sensation que moi ... quand j'étais petit et que je le mangeais.

Mark Skeuds - Ta Madeleine de Proust ?

Akrame - Oui tout à fait et ça, tu vois, c'est vraiment un plat que j'affectionne parce que, en même temps, il est très bon sans la truffe, et il est excellent avec ... mais sans la truffe, il n'est pas mal quand même !!!!

Voilà !!!

Mark Skeuds - Et ton plat préféré à manger ? Le truc devant lequel tu t'es dis, j'aurai bien voulu le faire celui-là ?

Akrame - Non, cela ne m'est jamais arrivé et tu veux savoir pourquoi ? Parce que tout simplement, j'ai toujours admiré les autres, vraiment (sincère).

J'ai toujours admiré les autres, ceux qui réussissent, les Chefs étoilés, les bistrots qui font du bon.

J'ai toujours dit - putain, c'est bon parce qu'ils sont dans leur contexte à eux. En revanche, merde, j'aurai du faire la même chose, non, jamais.

Par contre, je me dis toujours, c'est que ce qu'ils ont réussi à faire, nous, on doit être capables de le faire en écrivant notre histoire à nous, ce que nous, nous avons de dire.

Et du coup ... tu vois, hier soir, j'ai été mangé une pizza dans un endroit improbable du 18ième arrondissement, j'étais avec Bruno Cirino qui fait partie, pour moi, des plus grands cuisiniers de ma vie, il m'a ... comment dire ... bon, voilà, si je devais avoir des regrets dans ma vie, il y a des personnes pour qui j'aurai rêver de travailler.

Ok, j'ai travaillé comme tu le sais avec Gagnaire mais j'aurai également aimé travailler avec Passard ou Bruno Cirino. Si tu veux, ces personnes là, ces grandes personnes là, pour moi, ce sont des monuments. Vraiment, vraiment !!!

Tu vois, Bruno, c'est encore le gars qui va faire son marché, il a ses petits maraichers, ce sont des petits trésors pour lui. Tiens, hier justement, il me racontait qu'il a fait un plat sur le thème de la Méditerranée.

Il s'est donc assis en haut de la digue, il y a vu des fleurs, du citron ... et il m'a donc dit que ce qu'il aimait, était de suivre un produit de la vie à la mort.

C'est très marrant car tu l'écoutes parler, hier soir on est allés jusqu'à un heure du matin, tu as des yeux comme cela (il fait le geste), j'étais un petit garçon ...

Ce sont des personnes que l'on ne voit plus aujourd'hui et, franchement, c'est un génie ... c'est une maitrise, ce qu'il fait, c'est ... c'est (sincèrement admiratif), c'est éblouissant, ça n'a plus de mots.

Passard c'est pareil, ce sont des Chefs qui cuisinent d'une manière, je te dirai, spontanée  ... donc spontanéité teintée de risque. Moi, je suis quelqu'un qui accepte le risque.

Bien sur, cela ne plait pas à tous les clients qui, parfois, n'acceptent pas une petite dose de risque dans la cuisine au risque de ne pas être surpris, étonné. Pour eux, cela doit toujours être Top comme ils connaissent. Mais moi, le risque, j'accepte. J'accepte parce que un génie doit être capable de t'étonner, de te surprendre. Un génie doit être capable de te mettre sur le cul. Il doit justement être capable de coups de génie ... mais pas tout le temps, sinon tu n'es plus surpris.

C'est comme Gagnaire, c'est la plus belle expérience de ma vie ...

Mark Skeuds - Puisque l'on parlait des Chefs, qui, pour toi, représente l'avenir.

Akrame - C'est dur comme question, je t'ai parlé tout à l'heure, de maturité, et donc, je ne suis pas apte à dire, par exemple, si je fais partie de l'avenir ou pas.

Mark Skeuds - Tu remarqueras que je ne t'ai pas posé la question.

Akrame - C'est vrai. Mais tu vois, on est dans l'endurance, moi comme tous les autres. Pour tous, c'est pareil.

Alors, tu as beaucoup de Chefs qui sont installés dans leurs murs, je trouve cela formidable parce que j'adore l'entrepreneuriat et j'aime quand les jeunes s'installent, cela montre une vraie volonté.

En plus, il y a un public pour cela et puis, n'oublions pas, on a ce bel héritage que l'on nous a laissé.

Après, le plus bel avenir aujourd'hui qu'il peut y avoir, il a des personnes comme Monsieur Paul Bocuse, indétrônable.

Mark Skeuds - C'est sur, faut pas qu'il nous quitte !!!

Akrame - Oui, indétrônable !!! Il y a également des personnes comme Monsieur Alain Ducasse qui fait partie des gens, pour moi, qui ont pris leur vie en main et qui sont sortis de leurs cuisines pour dupliquer leur savoir-faire et dire, je vais en faire du business (admiratif).

Et c'est très important d'avoir cette notion là parce que, aujourd'hui, n'avoir qu'un seul restaurant, c'est très bien mais il faut tout de même se projeter dans l'avenir et donc, avec la mondialisation et ce qui se passe autour de nous, les étrangers le font, à nous de montrer très fort ce que l'on est capable de faire et de ne surtout pas laisser le train passer pour ne pas avoir de regrets.

En revanche, ce qui est très important quand on décide de se développer c'est de savoir que - Hilton disait pour que cela marche toujours dans un restaurant, l'emplacement, l'emplacement, l'emplacement; moi je dis, les hommes, les hommes, les hommes, sans bonne équipe - et j'ai eu une bonne étoile qui m'en a toujours procurée - même si je porte en moi toutes les responsabilités car comme je dis souvent, la réussite est collective mais la défaite est orpheline, je sais de quoi je parle puisque il y a quatre ans, je l'ai vécue, je n'avais plus rien, je me suis retrouvé sans rien du tout .. ça a été la plus belle expérience de ma vie, ça fait partie du parcours d'un homme, mais comme quoi la défaite, ça a du bon, ça a un bon goût, non pas amer mais très sucré parce que, justement, cela nous pousse à aller jusqu'en haut.

Après, on devient plus stratégique, mais c'est vrai que ce sont des moments que j'ai vécus quand j'étais encore jeune et donc j'ai pu me refaire tout de suite. Il le fallait. si tu attends trois ans pour rebondir, tu ne le pourras pas. Du moins, cela sera beaucoup plus difficile. Et moi, j'ai rebondi immédiatement et aujourd'hui, tu vois, tu me soumets un problème, j'essaie de trouver tout de suite la solution.

Finalement, je suis un homme de solutions, j'aime trouver des solutions aux problèmes qui nous entourent. Je suis un homme de défis et je n'aime pas quand c'est trop facile.

Il y en a qui ont beaucoup d'argent mais qui se font chier, vraiment chier. Quand c'est difficile, c'est là que tu deviens ingénieux. C'est super cool et puis, j'ai eu de la chance, j'ai des fidèles avec moi.

J'ai l'un de mes gars, Frédéric Lejeune, ça fait sept ans qu'il travaille avec moi, je lui dois une reconnaissance incroyable. Il était déjà avec moi au Château des Sept Tours, après, quand j'étais en redressement judiciaire, il est venu avec moi, et comme il me l'a dit un jour alors que j'étais dans cette sale période - et c'est pour cela que l'on ne se quittera jamais, il peut faire ce qu'il veut, je ne l'abandonnerai jamais - ne me donnez pas de salaire seulement de quoi payer mon loyer.

Tu te rends compte !!! Des mecs comme ça, qui te disent cela, tu n'en n'as pas beaucoup.

Ensuite, quand je suis venu à Paris, j'avais un poste au deuxième sous-sol, j'avais une gazinière - sans déconner, c'était comme l'imprimante là bas, je faisais à manger comme cela (remuant), j'avais une plancha.

Le restaurant faisait quinze couverts et j'étais au deuxième sous sol, le métro passait juste à côté, c'était incroyable, je te jure. Mais ça, putain, que c'est bon !!!

Et Fred, il était là, avec moi, au deuxième sous-sol. Ensuite, je me suis installé à Paris, il était encore là et maintenant, il est en face (à L'Atelier Vivanda). Fred, c'est la famille.

Il y a lui et un directeur de salle de mon restaurant ici qui, lui, était en cuisine avec moi à l'époque, quand j'ai repris le restaurant, le Trendy, et un jour, je lui dis que je peux pas le garder (économiquement).

Je le revois, il était livide, pétrifié. Il voulait absolument bosser avec moi mais au bout d'une petite semaine, j'ai du m'en séparer. Il était inquiet pour moi.

Il a fini directeur/manager du restaurant du Mandarin Oriental et puis, maintenant (fier), il suit mon aventure ici, il est directeur de salle ici, c'est Antoine Georget.

Je n'oublie pas Marion Pépin qui était, à l'époque, stagiaire au Château des Sept Tours il y a huit ans. Elle avait terminé son BTS et rêvait de travailler avec moi et je l'ai prise ici, à Paris et j'ai toujours dit qu'il irait loin.

En salle, tu verrais, elle brille, super mignonne, elle a créé un style à elle et maintenant, je l'ai placée au Meurice. Elle travaille pour Ducasse, aux trois étoiles.

Finalement, la bonté, dans le parcours d'une vie, ça paie. Quand tu fais des choses avec sincérité et que tu n'attends rien en retour, au début, OK, tu passes pour le couillon de service mais après, la vie te le rend.

Mark Skeuds - Quittons un peu les étoiles et parlons un peu du concept qui se cache derrière L'Atelier Vivanda. Pourquoi as tu fais cela ?

Akrame - Bah justement, c'est bien que tu m'en parles parce que, comme tu le sais, nous sommes dans une conjoncture difficile et, non pas qu'il n'y a plus d'avenir en France - ce n'est pas vrai, ce sont des conneries, il suffit d'aller voir ailleurs ce qui se passe - et comme tu le sais, je suis un amoureux de l'entrepreneuriat.

Et avec mon épisode de faillite, après l'ouverture de mon restaurant Akrame, je me suis dit que OK, je faisais de la Haute Couture mais il fallait que je sache faire du Prêt à Porter mais du bon. Du bon Prêt à Porter.

Alors, j'ai décidé de créer des concepts dupliquables facilement et qui sachent traverser facilement les frontières avec une marque qui ne soit pas associé à mon nom.

On doit deviner que c'est moi mais on ne le sait pas, tu vois, c'est un jeu.

On ne sait pas et tant mieux je te dirai. Alors, j'ai fait le premier test, ici, rue Lauriston, au début, j'y étais souvent puis, petit à petit, je m'en suis détaché et puis, maintenant, quand je vais là bas, il y a parfois des jeunes qui, ne me connaissant pas, me demandent l'addition, me demandent de l'eau (rires) et je leur amène, ça ne me dérange pas.

C'est même très bien car c'est là que je me dis que j'ai gagné.

Mark Skeuds - Ils ne viennent pas pour toi mais pour ce qu'il y a dans l'assiette.

Akrame - Tout à fait, tu sais, en fait, moins on parle de moi, mieux je me porte.

Mark Skeuds - OK, compris, on s'en va ...

Akrame - (rires) Non, reste, je dis moins on parle de moi, là bas, au Vivanda. C'est ça le concept. Quand tu crées une marque, si elle est bonne, si elle est dans ce que les gens recherchent, tu as tout bon.

Moi, j'aime les concepts, j'en ai d'ailleurs un qui devrait sortir bientôt, je te donne rendez-vous en janvier ou février.

Et quand j'imagine un concept, je vais pousser le détail assez loin, tellement loin que souvent, les clients eux-mêmes, ne les voient pas.

Vivanda, c'est un concept de restaurants de petite taille où tu manges bien pour un bon rapport qualité/prix, concept qui est facilement dupliquable et qui puisse aller au delà des frontières.

Et là, je peux te le dire, on est très fiers de dire que l'on va ouvrir dans le Marais, à Zurich, ensuite, à Londres, à Bruxelles ... voilà, c'est ça Vivanda.

Et même à Hong Kong, on va ouvrir un restaurant de viandes.

Et si je t'ai parlé de bien s'entourer c'est que je suis en train, en bas, de me faire mon atelier de création pour le gastronomique et je suis en train de tout mettre en place pour avoir les hommes qui collaborent à mes côtés; moi, je ne bougerai pas d'ici, ce sont eux qui vont bouger pour moi.

Voyager, désormais, c'est pour me reposer ou alors, à Hong Hong qui me fascine car il faut le savoir, c'est un continent, ce n'est pas une ville, c'est un continent où toutes les capitales du monde sont regroupées.

Mark Skeuds - Tous à L'Atelier Vivanda alors !!!

Akrame - Avec plaisir.

Mark Skeuds - Qui a designé l'Atelier justement ?

Akrame - C'est moi, modestement, qui me suis occupé du design, ensuite, c'est DMI, la boite de mon copain Alexis Maréchal qui s'est occupée de la réalisation.

Les idées, c'est donc moi, mais comme je ne sais même pas planter un clou, c'est DMI qui a fait du bon travail en les respectant fidèlement.

D'ailleurs, j'ai conçu le design de tous les endroits que j'ai créés.

Mark Skeuds - Quittons un peu la cuisine et parle nous de tes goûts musicaux.

Akrame - Alors, j'adore le R&B, les trucs à l'Ancienne, le Funk bien sur. J'adore le Rap français mais j'écoute également du Rap US.

J'aime bien la Pop anglaise mais en fait, j'écoute de tout; de U2 à Earth, Wind & Fire en passant à Kanye West.

Je kiffe Biggie, 2Pac ...

Mark Skeuds - On fait l'appel aux morts !!!

Akrame - (rires) Oui, c'est vrai, je suis à l'Ancienne. Tiens, j'aime bien Dr. Dre aussi mais vu ce qu'il a pris avec Beats, on n'est pas prêt d'entendre Detox.

Mark Skeuds - OK, bon, c'est quoi les bonnes adresses de Akrame, pas obligatoirement des étoilés ... ?

Akrame - J'adore les magasins de design, les belles boutiques de luxe, pas pour le luxe, pour la boutique en elle-même.

D'ailleurs, j'adore prendre un café chez Hermès, rue de Sèvres. L'architecture du lieu m'épate. Un peu comme à la Fondation Vuitton. Le lieu est impressionnant.

Il faut être fier de cela. On a, avec le Louvre, la Fondation Vuitton. Grâce à Monsieur Arnault et à Monsieur Pinault, on a su exporter notre savoir-faire artisanal. C'est formidable.

Et, tiens, il y a un endroit que je fréquente le dimanche, tu m'y verras toujours là bas, c'est un petit restaurant derrière Barbès, ça s'appelle Chez la Famille,qui se trouve à côté de la Médiathèque.

Mark Skeuds - Bon plan, si vous voulez voir Akrame en dehors de son resto, allez à Barbès, partager un merguez frites avec lui le dimanche.

Akrame - Et tu sais pourquoi j'aime bien allez là bas, la viande est très fraiche, il a sa propre boucherie, il fait ses propres brochettes et il cuit cela, derrière, dans un barbecue qu'il a installé.

Et c'est délicieux, vraiment.

Et on mange beaucoup pour peu, à peine dix/douze euros par personne. Et tu y manges divinement bien.

Mark Skeuds - Finalement, oubliez Akrame et ses restos, allez Chez La Famille !!! (rires)

Akrame - (rires) Exactement, j'adore !!! Tu te sers tout toi-même, tu te sers ta viande, tu ouvres le frigo, tu te sers ta salade fraiche, coupée du matin. Je trouve cela formidable.

Mark Skeuds - On peut le dire, on connait, c'est rue de la Charbonnière, on connaît également les bons coins ... comme Akrame

Akrame - Sinon, tu vas trouver cela drôle mais j'adore les magasins de sacs à main. Je vais t'expliquer pourquoi.

Je trouve qu'un sac à main est très attirant. Je ne vois pas l'objet mais le travail qui est derrière. Je trouve cela fascinant. Les sacs Chanel, les sacs Céline ...

Mark Skeuds - Super. Et qu'est ce que l'on peut souhaiter à Akrame pour la suite ?

Akrame - Je te dirai que l'on se revoit dans dix ans, cinq ans, et on fera la bilan. Je veux assurer sur la durée.

Être encore là.

Mark Skeuds - Finalement, que du bonheur pour Akrame, on te souhaite que du bonheur. Plein de petits Vivanda.

Akrame - Oui ou, si j'ai tout perdu, tu me trouveras ...

Mark Skeuds - Chez La Famille, en cuisine !!!

Akrame - (rires) Oui, c'est pas mal là bas !!!

Mark Skeuds - Merci Akrame pour ta fraîcheur, on se dit à très vite.

Akrame - Avec plaisir.

(Conversation enregistrée le mardi 25 novembre chez Akrame par Mark Skeuds - remerciements à Vanessa)

http://bit.ly/1w6Ezzy

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