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13/02/2015

Guy Savoy se met à table ... sans concession !!!

On ne présente plus Guy Savoy et ce n'est pas là la prétention de cette conversation qu'il nous a gentiment accordée lors de Good de France, une initiative à laquelle il a associé son talent et son regard.

Guy Savoy se confie sans tabou et avec la sincérité d'un grand bonhomme sur rightandhype.comC'est donc avec un immense plaisir (non dissimulé), que nous l'avons retrouvé dans son restaurant du 17ième arrondissement parisien et que nous avons passé quelques heures avec lui.

Pour qu'il nous parle de lui, bien sur, mais aussi qu'il nous parle de la vie, de la mort, ce qu'il a fait et c'est un peu une leçon de choses - comme on disait avant, que Guy a partagé avec nous.

Ce cuisinier qui n'aime pas le mot chef, aime parler de lui tout en gardant une part d'ombre qui s'appelle la vie privée. Avec cette légitimité des gens qui ont vraiment quelque chose à dire.


Sa vie à lui, celle dont il parle volontiers à l'envie, c'est celle qui entoure les cuisines, les plats bien sur, mais aussi les rencontres, l'art qui décore sa vie et les murs de son restaurant. La musique, bien sur, qui hante toujours un petit coin de sa tête.

Guy Savoy ne sait pas que manier l'art et la cuillère, il se sert avec maestria du verbe avec un accent de sincérité qui se retrouve dans ses plats comme sa Poêlée de Moules et Mousserons, Jus Terre et Mer qu'il continue de porter au pinacle.

Qu'il le veuille ou non, Guy Savoy est un chef mais pas celui que l'on croit. Un chef d’œuvre du patrimoine culinaire qui n'est pas du tout en péril. 2015 va, une fois encore, nous le prouver !!!

Top magnéto, merci Guy, merci Akrame (il comprendra) !!!

 

Mark Skeuds - Bonjour Guy, comment vas-tu ?

Guy Savoy - Ça va, ça va bien. Tu sais, dès que je suis réveillé, je suis à fond. Je ne suis pas un diésel, j'ai besoin de ... je pense que je suis un coureur de fond. Quand on s'éloigne de l'âge de la retraite et que l'on travaille encore, ça signifie que l'on est un coureur de fond, mais un coureur de fond avec un rythme de sprinter en fait.

Mon dopage, c'est la passion, je me dope à ça, je m'éclate. Tu vois, ce matin, j'étais là à 8h30 parce que tous les vendredi, on se fait un petit déjeuner en cuisine, toutes les semaines on alterne les cuisiniers, et chacun doit faire un petit déj' en fonction de sa culture régionale ou de son pays.

Ce matin, c'était, disons, assez roboratif ...

Mark Skeuds  - Et ce matin, de quoi s'agissait-il ?

Guy Savoy - C'était des pieds de porc panés, il nous a mis un énorme vacherin Mont-d'Or, alors je lui ai demandé comment il avait fait. Il l'a mis cinquante minutes dans un four à 200 (degrés) à côté, il avait fait des patates et tout, et c'était super !!! Avec en plus, un peu de poivre concassé, il y avait plusieurs sortes de jambon, il a fait une saucisse ... mais une saucisse façon caillette avec le foie ... c'était un petit dej' d'enfer !!!

Et tous les vendredi, après le petit dej', je dis que je sauterais le dej' mais c'est impossible.

Mark Skeuds  - Génial !!! On te croit aisément. Sinon, Guy Savoy, maintenant, qu'est-ce que c'est ? Un cuisinier, un entrepreneur, un entrepreneur cuisinier, un cuisinier entrepreneur ?

Guy Savoy - C'est un cuisiner qui est toujours émerveillé devant l'acte de transformation, c'est ça qui m'émeut dans la cuisine.

C'est déjà trouver ses produits, mais contrairement à l'idée répandue, je pense que l'on a jamais trouvé d'aussi beaux produits que maintenant. Et je dirai, pas seulement en France.

Je prends des exemples tout bêtes comme le poivre, la vanille, bien sur, il y a Tahiti, La Réunion mais il y en a d'autres comme Madagascar.

On s'aperçoit qu'il y a de plus en plus de gens que j'appelle moi des artisans de la terre et de la mer qui font de plus en plus de belles choses.

Alors, est-ce grâce aux cuisiniers ... on ne sait pas ...

Mark Skeuds  - C'est la poule et l’œuf ...

Guy Savoy - Voilà !!! Mais ce qui est sur, c'est qu'il y a une synergie entre tout ça et ça, j'en ai toujours conscience.

Quand je dis que la cuisine est l'art de transformer instantanément et j'insiste sur le mot instantanément, en joie, des produits chargés d'histoire. Parce que l'on oublie, pour tous les produits, c'est que chaque spécimen a sa propre histoire.

La carotte qui arrive dans notre cuisine, le spécimen carotte qui est devant nous, durant ces quelques semaines de vie, il a pu se passer plein de choses. Elle aurait pu être bouffé par un rat, par un ver blanc, par ... mais elle est chez nous, donc elle a sa propre histoire mais avant que ce spécimen carotte soit là, il y a l'histoire de son espèce. Alors, je prends la carotte mais je peux prendre quelque chose de plus Funky si tu veux, tiens, la volaille de Bresse.

C'est grâce au travail et à l'observation des hommes que l'on a déterminé que dans une zone bien spécifique qu'est la Dombes, qui est une région d'étangs, ce qui lui confère une terre qui est en permanence humide, dans cette terre en permanence humide il y a des microorganismes, il y a des petits mollusques et tout ça et c'est l'observation des hommes qui a fait que cette race de volailles, qui en plus est bleu/blanc/rouge, on en a fait une volaille exceptionnelle, après que l'on ait codifié tout cela ... il faut tant de mètres carrés par volaille ... et donc grâce à cette conjonction d'énergies, d'intelligence, de bon sens, d'observation, on a fait la meilleure volaille du monde. Moi, je ne me défais jamais de cela, que ce soit une carotte, une volaille ...

Tout à l'heure, on parlait de Cuba (en off), le jour où j'ai pris conscience que, entre la partie agricole et la manufacture des cigares, il s'est passé entre 160 et 200 opérations, le type à qui vous offrez un cigare et qui en laisse dix centimètres dans le cendrier, tu te dis que plus jamais tu lui offriras un cigare.

Parce que je suis fasciné par le travail, par le travail des hommes (au sens générique) et c'est ça qui fait l'une des plus grandes richesses de notre pays et c'est peut-être parce qu'il y a une grande diversité dans notre pays que l'on a pris conscience de tout cela.

Et même si l'on nous imite dans les vins, on ne remplacera jamais cette touche française.

La Bourgogne, autre spécificité, on peut dire deux cépages si l'on met de côté l'Aligoté, le Pinot, le Chardonnay, encore une fois, grâce à l'observation des hommes, on a déterminé que telle parcelle allait donner le Montrachet, que la parcelle du dessus, cela allait s'appeler le Cailleret et que à l’intérieur de ces parcelles minuscules, il peut y avoir plusieurs propriétaires.

Donc, sur le même terroir, avec le même cépage, avec - bien sur - les mêmes conditions climatiques puisque l'on est sur une seule parcelle, on rajoute encore en France, la signature du vigneron qui a fait le vin.

Ça, c'est unique au monde !!! Ça, c'est unique au monde !!!

Le problème est que peu de français en sont conscients. C'est pour cela que j'ai fait avec Jean Paul Jaud un documentaire intitulé Quatre Saisons pour un Festin (sorti en DVD).

Pendant 18 mois, je fais le tour des mes principaux fournisseurs pour montrer le travail des hommes. Et à un moment, je goute la pâtée des volailles. Pour montrer que l'alimentation des volailles a son importance.

(...) C'est le socle de notre métier. Quand on a la chance d'habiter ce pays, où il y a la carotte, les vins, le Poulet de Bresse, les huitres - comme je viens d'ouvrir L'Huitrade, je me suis replongé dedans, le cuisinier, il devient un peu japonais - le japonais a une vénération du produit, on le voit dans la mise en scène du produit - on doit avoir la même attention pour la carotte que pour le homard breton, que pour la volaille de Bresse et ça, c'est la base.

Et dès que l'on a tout ça ... Peut-être parce que mon père était jardinier, je l'ai vu bosser, je l'ai vu se lever à quatre heures du matin au printemps parce qu'il sentait qu'il allait y avoir une gelée matinale, il allait faire un grand feu dans le jardin ...

Pour revenir à la question, d'abord, profond respect du travail, même si aujourd'hui cela fait ringard, j'assume, j'ai un profond attachement au travail ainsi qu'à cette magie de la transformation.

De partir d'un produit aussi noble, aussi beau soit-il - la poularde, ça me tue sur place quand je touche la peau - tu te dis, ça, tu n'as pas le droit de le louper.

Je suis donc cuisinier ... et après, je suis un cuisinier dans une époque qui bouge beaucoup, un cuisinier qui se dit qu'il a son mot à dire dans plusieurs types de cuisines.

Alors, entrepreneur, je n'en sais rien, je ne sais pas ce que cela veut dire, quand avec Clément Leroy, on décide de faire L'Huitrade - moi, j'ai eu mon époque Bistrot de l’Étoile, j'ai eu La Butte Chaillot ... je ne sais pas ...

Mark Skeuds  - Créateur ?

Guy Savoy - Non, il y en a déjà un et il a fait beaucoup de conn*ries, non ... tiens regarde, c'est quand même marrant d'avoir ça en face (L'Huitrade), vaut mieux ça qu'un Kébab, on est en France et dans la surface que j'ai là (toujours à L'Huitrade), il y avait 99 chances sur cent que cela devienne un Kébab.

Je n'ai rien contre les Kébabs, mais en face de mon restaurant, ça m'aurait franchement embêté.

Mark Skeuds  - Une question récurrente chez nous que l'on aime bien poser aux pâtissiers, c'est quoi la différence en un cuisinier lambda et un bon cuisinier ?

Guy Savoy - C'est intéressant. Je pense qu'il y a deux manières de voir la perfection.

Il y a la perfection obsessionnelle, très académique, et il y a la perfection source du plaisir et je crois que c'est celle-ci qui fait la différence.

Les deux sont nobles mais les émotions sont dans la perfection source du plaisir...

Mark Skeuds  - C'est ce que vous cherchez à donner (vous les cuisiniers), non ?

Guy Savoy - Oui, bien sur, mais tu as des gens qui ont une idée très académique, la différence, c'est de mettre un supplément d'âme, c'est tout !!!

Moi, je m'éclate encore ...

Mark Skeuds  - Quand je vois Akrame ...

Guy Savoy - Lui, il ira très loin ...

Mark Skeuds  - Si on l'emmerde pas, oui.

Guy Savoy - C'est ça, si les petits cochons ne le mangent pas; lui, il va aller très loin.

Quand je suis sorti du premier dîner fait chez lui, je me suis dit ô punaise !!

Mark Skeuds  - Il a quelque chose !!!

Guy Savoy - C'est évident (sincèrement affirmatif) !!!

Dans la jeune génération, je pense que c'est lui qui a le feu sacré ...

Mark Skeuds  - Ça tombe bien, c'est la question d'après.

Guy Savoy - C'est délicat de dire cela mais bon, je le dis.

Il y a également Grégory Marchand, il est bien. Après, toute la bande, les Toutain, tout ça, bien sur !!

Mark Skeuds  - Ceux que tu vois aller très loin ?

Guy Savoy - Tous mais ... je suis tenté de te dire que, déjà, ce n'est pas mon problème mais le résultat des courses, on l'aura dans cinq ou dix ans.

Les Rostang, Savoy, les Ducasse ... je ne vais pas citer tout le monde, il y a trente ans, on était plus nombreux que cela.

Après, il faut tenir la route ..

Mark Skeuds  - Ça demande tellement de choses de se maintenir, des investissements ...

Guy Savoy - Ça demande surtout de ne jamais croire que c'est arrivé. Nos sensations, elles sont dans la vitalité, pas dans le confort.

Le confort, c'est la conséquence des bonnes sensations, le confort, ce n'est pas le ronronnement.

Moi, le confort, je le trouve dans les challenges. Le mot challenge, c'est quoi ? C'est deux fois par jour à chaque table.

Limiter la Gastronomie à un jour par an c'est vraiment réducteur. Non, c'est deux fois par jour à CHAQUE table et il ne faut jamais se départir de cela.

Et le vrai challenge, il est là !!!

Entre le cuisinier professionnel et le cuisinier amateur qui va mettre huit jours à préparer le dîner pour ses quatre copains, moi, je lui tire mon chapeau. Ce dîner là, il peut rivaliser avec n'importe quel cuisinier.

J'ai quelques amis cuisiniers amateurs, quand je vais chez eux, sur cet instant t, trois étoiles, sans problème !!!

Mais deux fois par jour à chaque table pendant quarante cinq ans, accrochez-vous les mecs !!!

Mark Skeuds  - Et en te renouvelant constamment, en remettant ton titre en jeu tout le temps ...

Guy Savoy - Bien sur, bien sur !!!

Mark Skeuds  - Et donc, il y a t-il un cuisinier qui t'a récemment épaté et que tu vois devenir un grand de demain ?

Guy Savoy - C'est très difficile. Ceux que tous les convives citent sont déjà des grands de demain et qui sont déjà bien en place.

Mark Skeuds  - Akrame m'a dit une chose que j'ai trouvée très belle, pour lui, l'avenir c'est Paul Bocuse, après lui, ce ne sera plus pareil ...

Guy Savoy - Oui et non ... c'est un style Paul, Monsieur Paul !!!

C'est un style fabuleux, c'est lui qui a redonné les lettres de noblesse au métier de cuisinier, bien évidemment, bien évidemment.

J'y vais régulièrement parce que c'est un moment unique et ça aussi, c'est ce que l'on cherche dans un lieu, c'est d'avoir un instant unique.

Cet instant unique, il peut être dans un chalet en montagne un soir de tempête de neige autour d'une fondue avec des gens que l'on aime bien, c'est ça !!!

C'est une salade de tomates fraichement cueillies ou des radis fraichement arrachés avec un bon beurre et puis des gens que l'on aime bien. On se prend cela à l'apéro et c'est déjà pompeusement gastronomique !!!

Mark Skeuds  - Qu'est-ce qu'il nous prépare Guy Savoy pour 2015 ?

Guy Savoy - On vient d'ouvrir L'Huitrade et je vais transférer ce restaurant où nous sommes au 11 Quai de Conti, donc dans un écrin historique, ça devrait se faire au Printemps.

Ensuite, ici, ça devient Étoile sur Mer, un restaurant dédié au poisson ... Étoile parce que (on y est à l') Étoile et L'Huitrade est le point d'ancrage, si l'on peut parler d'ancrage pour un resto de poissons, pour montrer que l'on reste dans la rue.

Pour revenir à entreprendre, là, c'est la vie qui a décidé.

Le restaurant à la Monnaie, je devrais y être depuis le premier trimestre 2012, ça fait donc trois ans et trois mois de retard. Comment pourrais je mettre ce restaurant en vente, ne sachant pas à quelle date je serais dans l'autre ?

Il y a cinquante personnes qui travaillent ici, cinquante personnes et MOI et à un moment, tu te dis, personne ne paiera mes échéances et c'est peut-être là qu'il faut réagir en entrepreneur ou tout du moins en taulier ... tu ne pars pas dans la nature comme cela !!!

Mark Skeuds  - Et c'est tout pour 2015 ?

Guy Savoy - Non, non, je vais également ouvrir une boutique de brioches.

Ce sera dans le sixième mais comme on a déjà loupé un bail, tu peux dire qu'il y a une brioche dans les tuyaux mais on ne peut pas encore donner l'adresse car ce n'est pas encore signé ...

Mark Skeuds  - 2015 2015 ?

Guy Savoy - Oui, ce sera bon en 2015. Alors, brioches feuilletées hein !!! Il y (en) aura des (brioches) sucrées et salées.

L'huitre, c'était mon premier plat signature à la carte et la brioche qui accompagne la soupe d'artichaut que l'on nous demande sans arrêt, on s'est dit - on va faire une boutique et on va la vendre.

Il y aura une brioche feuilletée aux pralines, une brioche feuilletée aux fruits confits ... voilà. Ce sera une belle adresse.

Mark Skeuds  - Super bonne nouvelle et, tiens, tiens, qu'est-ce qu'il aime Guy Savoy ?

Guy Savoy - (immédiat) L'art contemporain, l'art sous toutes ses formes, je m'émeus autant devant la Fat Lady de l'époque Tang que tu peux voir là-bas que devant ces bronzes (il les montre), ces sculptures Bozo, que devant un tas d'artistes ... Fabrice Hybert ...

Mark Skeuds  - Tu es collectionneur ?

Guy Savoy - Je n'aime pas le mot. Dans le mot collectionneur, il y a un côté besogneux, toujours chercher à compléter ... non, moi je fonctionne aux coups de cœur.

Un jour, on m'a dit que j'aimais l'art africain ... ah oui ? Parce que j'ai trois pièces d'art africain ... oui, j'aime l'art; qu'il soit africain, asiatique ... j'aime l'art !!!

Mark Skeuds  - Point barre !!!

Guy Savoy - Point barre !!!

Tiens, les assiettes, ici, il n'y a pas deux assiettes semblables, quand on a pensé au beurrier, au poivrier ... on a pensé eau, on les a donc faites en forme de gouttes d'eau.

Guy Savoy se confie sans tabou et avec la sincérité d'un grand bonhomme sur rightandhype.com

Ce qui peut me déranger, c'est l'incohérence, donc je pense que le convive qui s'assoit ici, il trouve une sorte de cohérence parce que ce sont les goûts d'un seul bonhomme.

Mark Skeuds  - C'est clair, ça ne part pas dans toutes les directions.

Guy Savoy - Tout à fait; avec l'architecte, Jean-Michel Wilmotte, on s'est mis d'accord pour faire le lieu en fonction des œuvres qui seront "exposées" ... et tu vois le Buddha là-bas, c'est un coup de cœur.

Je l'avais vu sur le catalogue d'invitation au vernissage d'une exposition et déjà, je la voulais. La Fat Lady là, je n'avais aucune idée de ce qu'était une Fat Lady, rien !!!

Et puis il y a des choses qui ont une histoire, la femme là bas, c'est synonyme d'offrande et de bienvenue. Quel plus beau symbole pour un restaurant ?

J'ai besoin de ces objets ici, comme dans un appartement, comme j'ai dans mon appart'. Ces objets qui sont à la fois, très différents mais qui dégagent quelque chose. Ce n'est pas par hasard si je les ai achetées.

J'ai un grand Hybert à la maison, je vais te raconter l'histoire.

On était avec ma compagne pas loin des Boucheries Nivernaises (rue St Honoré) et j'ai dit, tiens, on va acheter une côte de bœuf.

Et puis, en route, je me suis dit que l'on n'était pas loin de la Galerie de Noirmont (rue Matignon) et que ce serait bien d'y aller.

Il était 17h, et je vois ce tableau d'Hybert. Alors, plutôt que la côte de bœuf, on est resté une heure et demie dans la galerie. Je suis parti avec le tableau et un échéancier sur quinze mois.

C'était ma côte de bœuf la plus chère de l'année !!!

Mark Skeuds  - Ah les Boucheries Nivernaises, c'est plus ce que c'était !!!

Guy Savoy - Voilà, c'est ça la vie bon sang !!!

Mark Skeuds  - Quand on peut le faire, c'est formidable ...

Guy Savoy - Voilà !!! Ça aussi ... (silence) ... bon ... (silence) ... on va aborder la question du prix ...

Mark Skeuds - Quand je disais cela, je ne parlais pas obligatoirement du prix ...

Guy Savoy - De l'envie ...

Mark Skeuds  - Oui, de l'envie mais de l'éducation. Cela s'éduque un œil et ...

Guy Savoy - Si tu aimes l'Opéra, ce qui n'est pas forcément mon cas mais que tu es capable de faire ce qu'il faut pour aller à l'Opéra ...

Moi, j'ai des exemples ici.

J'ai un type ici, qui m'a touché, mais vraiment touché. Il me dit - Vous savez, avec ma femme, on a décidé ... on n'a pas de voiture, et le "budget" économisé, on le passe dans les restaurants -

Et là, tu prends conscience que quand tu es suffisamment motivé et convaincu par ce qui va te faire plaisir, tu te mets en situation.

Après chacun ... on sait très bien que l'on ne peut pas tout avoir.

Mark Skeuds  - Il ne faut pas frustré par ça !!!

Guy Savoy - Ah non !!! Moi, quand je suis dans ma cabane à la montagne avec mon col roulé noir troué, je m'en tape carrément du reste ...

Mark Skeuds  - Et à part l'art et les côtes de bœuf, qu'est-ce qu'il aime Guy Savoy, tiens, qu'est-ce qu'il aime en musique ?

Guy Savoy - Et la musique, ce n'est pas de l'art ? Chez moi, cela va de Abba aux suites de Bach en passant par Stromae ...

Mark Skeuds  - Tu aimes Stromae ?

Guy Savoy - Oui, il est formidable. Je me le passe régulièrement, Brel, bien sur, Brassens, bien sur.

Brassens, j'en connais beaucoup par cœur. Je connais toute La Supplique par cœur, tout de même, 7mn18, je la connais par cœur. Avec les liaisons et la ponctuation.
podcast

Mark Skeuds  - (impressionné) - Bah dis donc !!! Pas mal, pas mal !!!
podcast

Guy Savoy - C'est le plus beau texte que je connaisse sur la mort. Il est presque arrivé à me faire changer mon approche de la mort.

Ça me file une trouille bleue.

Mark Skeuds  - La mort ?

Guy Savoy - Non, ce n'est pas de la mort dont j'ai peur, c'est de perdre la vie.

(et de rechanter un extrait de Celui qui a mal tourné de Brassens):

Et pour m'envoyer à la Santé me refaire une honnêteté ...

Magnifique, non ?

Mark Skeuds  - J'aime beaucoup Brassens même si je n'en n'écoute pas régulièrement, il faut dire que j'ai d'autres vices, mais, oui, très fort !!

Guy Savoy - Moi, ça peut être cela et Ma Liberté de Serge Reggiani, pour moi, c'est un monument, Ordinaire de Charlebois, c'est un monument aussi ...

Mark Skeuds - On est loin de Stromae ?

Guy Savoy - Je ne sais pas ... est-ce que l'on mange tous les jours de la choucroute ?

Quand on a la chance d'avoir une époque, dans la même journée, tu peux écouter les Suites de Bach si tu es seul devant un feu de cheminée et, après, en fin de soirée, tu te mets Abba avec une bande de copains qui ont envie de délirer façon années 70, on s'en fout !!!

Aujourd'hui, qu'est-ce qu'il y a dans les jeunes qui me touche ? ... non, franchement, on vit une époque formidable. Prends ne serait-ce que les humoristes ... les textes de Roumanoff, purée ... trop fort !!!

Gad Elmaleh, très fort et puis il y a Constance, tu ne connais pas Constance ?

Mark Skeuds - Je n'ai pas cet honneur.

Guy Savoy - Va la voir si tu peux, elle est actuellement au théâtre, c'est un truc de fou .. je ne me souviens plus où elle passe mais je vais y aller. Je l'avais déjà vu dans un petit théâtre à Pigalle, il y a trois/quatre ans ... c'est du fort !!!

Quand tu vois cette petite bonne femme, ce qu'elle balance, purée !!!!

Mark Skeuds - (rires)

Guy Savoy - C'est assez cul mais ...

Mark Skeuds - On (nous les hommes) en prend plein la tronche ou quoi ?

Guy Savoy - Non, pas spécialement, non !!! Non, non, elle y va mais il y a un tel décalage entre la silhouette et ce qu'elle balance. Ce dingue ce qu'elle balance !!!

C'est une fillette mais elle balance !!! Elle balance comme on aime, elle balance bien même, donc tu vois, c'est très éclectique.

Mark Skeuds - Il y a t-il un plat qui t'as mis sur le c** et pas obligatoirement un plat d'étoilé ?

Guy Savoy - Non, ça c'est trop délicat.

Aujourd'hui, je suis un fervent défenseur de la diversité (dans la cuisine), je peux aussi bien te parler d'une fondue au fromage avec des copains ... après, je ne sais pas ...

Bon, dans mes plats, allez, je vais parler un peu de moi (rires), on parle beaucoup ici de la soupe d'artichauts comme c'est le plat "signaturedish" comme disent les américains mais moi, de tous les plats que j'ai fait, celui qui me touche le plus, c'est la Poêlée de Moules et Mousserons, Jus Terre et Mer.

Et là, il y a quelques personnes qui sont d'accord avec moi et cela me va bien.

Mark Skeuds - Dit-il !!!

Guy Savoy - (gros rires) Très simplement.

D'accord, la soupe d'artichauts, d'accord, je me régale avec mais ce qui me met sur le c**, pour répondre à la question, c'est la Poêlée de Moules et Mousserons, Jus Terre et Mer.

Si il y a un plat dont je suis fier, non, pas fier, est-ce que l'on peut être fier d'un plat, non, mais content, c'est la Poêlée de Moules et Mousserons, Jus Terre et Mer.

Mark Skeuds - Ça me va bien !!! Et que peut-on souhaiter de très bon à Guy Savoy pour 2015 ?

Guy Savoy - De très bon ?

Mark Skeuds - Oui, on est comme ça !!

Guy Savoy - (sans hésitation) La santé; tu me diras, ça fait assez 31 décembre mais, tu as beau dire, si tu n'es pas en capacité d'être à fond, tout devient ...

Mark Skeuds - C'est compliqué !!

Guy Savoy - Voilà !! La santé, la gnaque, la santé, la gnaque mais la gnaque, tu ne peux pas l'avoir sans la santé ou alors, si, ta gnaque peut être un rempart contre les maladies.

Tu vas me dire que je fais une obsession sur ces choses là mais il arrive un moment (rires) où la palette des possibilités d'emmerdements s'amplifie.

Et quand tu passes à côté, tu te dis que tu as eu de la chance. et c'est impérativement cela qu'il faut préserver.

Mark Skeuds - Donc la santé ?

Guy Savoy - (affirmatif) Ah oui !!!!

Si tu me files la santé, moi, je vous fais tout !!! (rires)

Mark Skeuds - Tu serais même capable d'ouvrir un restaurant du côté de la Monnaie ?

Guy Savoy - A un âge où je m'éloigne de la retraite !!!!

Mark Skeuds - C'est joliment dit !!!

Guy Savoy - Ce n'est pas de moi mais d'Yvon Gattaz (ancien patron du CNPF, l'ancien MEDEF ... dirigé par son fils), originaire, lui aussi, de Bourgoin-Jallieu, c'était quelque chose.

Il se trouve que je le connais très bien puisque l'on est originaires de la même ville et, un jour, il m'a fasciné. Il démarre un discours avec:

Un âge où je m'éloigne de la retraite (...)

J'ai trouvé cela magnifique. Tout le monde rêve d'être à la retraite et lui, non seulement il rejette le mot mais en plus, il s'en éloigne. C'est magnifique !!

Mark Skeuds - Et il en fait une vertu !!

Guy Savoy - Alors, j'en fais une aussi moi. J'ai toujours préféré profiter du travail que de la retraite, c'est plus sur. C'est mon côté pragmatique.

Mark Skeuds - Merci beaucoup Guy, jolie fin.

Guy Savoy - Merci à toi. A table !!!

(conversation enregistrée le 30 janvier 2015 par Mark Skeuds au restaurant Guy Savoy à Paris)

Serge Reggiani - Ma Liberté

Georges Brassens - Celui qui a mal tourné

Georges Brassens : Supplique pour être enterré à la plage de Sète

 

http://bit.ly/1DbCm7J

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